La démarche

« Une toile, des pigments, des brosses, un fatras d'ustensiles récupérés, bricolés, recyclés.

Des superpositions de couches, des entailles, des matières.

Des mots, des signes, des alphabets inconnus, des formules, des gribouillis grattés dans la matière.

Un jeu avec l'espace et le temps. La surface de la toile et l'espace de mes états d'âme. Le temps des mouvements de l'existence.

Un contenant sans bavardage, un contenu rempli de murmure.

Ferveur et exigence. Habitée de rêves et de détermination. Tel le chercheur de trésor, ardente à la découverte d'une forme, d'une couleur, d'une matière, d'un fragment de sensation profonde, d'une émotion rayonnante ».                                                     

Sylvie


 

C’est une respiration, un réflexe, un comportement : tout est démarche d’artiste chez Sylvie, à son insu, malgré elle !

Ayant vécu de nombreuses années en Côte d’Ivoire, elle a capté en douceur, en tendresse et avec vivacité les atmosphères africaines, les marchés, les paysages familiers et les femmes.

La puissance de tous ses portraits imaginaires nous révèle une sensibilité hors du commun.

Au travers de ses pastels, on admire une dessinatrice, pour qui croquer la vie semble un geste ordinaire.

Là sûrement est sa force, dans le dessin où lignes et traits en quelques mouvements ont tout exprimé.

Son regard s’est prêté à la photographe qu’elle est également ; continuant toujours à saisir la vie, les rythmes, les couleurs, les hasards, l’humour de certaines coexistences, les contrastes et les harmonies, les sons, les odeurs, la chaleur.

De retour en Belgique, Sylvie revient aux pastels à l’huile et retient un seul visage : « la femme aux bananes », démultipliée et cependant secrète.

Souvent son œuvre est riche de textes poétiques comme elle seule peut en offrir !

Ensuite, commence enfin l’aventure de peintre, où quittant le visage pour se rendre à l’épaule, de l’épaule au bouton, à la boutonnière, au point de couture, à la trame du tissu ; vers la matière, pur plaisir des lignes, trajectoires, délimitations de couleurs chaudes, vives et joyeuses.

Les femmes du monde tissent, elles tissent surtout des relations, geste pictural comme toutes ces trames relationnelles qui s’effilochent, qui se resserrent, qui se retissent, qui se nouent, qui se dénouent, qui se lient, qui se rompent, qui se coupent, qui se cousent, qui se brodent…

De sa peinture on retiendra çà et là certains points de croix au milieu de vue aériennes, de cours de récréations, de lopins de terre, de chemins, de champs, de villages ou de demeures.

Carré, spirales ou labyrinthes se marient dans un bonheur de couleur, car Sylvie manie subtilement les possibles rencontres de formes et teintes.

Si le dessin est sa forme première, il n’en reste pas moins que son autre force est d’être une coloriste hors pair.

En effet, l’éclat des pigments semble présent en des vibrations subtiles par juxtapositions osées qui ravissent l’âme et le regard.

Merci pour le dépaysement et le ressourcement éprouvé face à ce superbe travail.

Isabelle Zazie - Mai 2008


 

A la fin de sa formation supérieure en arts plastiques, Sylvie Malfait quitte Bruxelles pour travailler en Côte d’Ivoire. Là bas, elle aborde spontanément les populations locales à la recherche de leurs aspirations profondes. Ces dessins et photos, plutôt comme des références à une conscience collective, sont les bases de ses prochaines peintures.

En 2000, pendant les affrontements violents qui agitent le pays, elle est rapatriée d’urgence. Coupée de son inspiration par ces évènements sanglants, elle trouve lentement en elle-même les ressources indispensables pour se consacrer en 2003 à la peinture à l’huile.

L’émotion transgresse le formel. Elle veut partager ses sentiments comme des objets rares. Chaque peinture est aussi la traduction de la collision entre des sentiments “communs” comme “être debout”, “arrière pensée”, “l’écho”, “à tout à l'heure”, “rien n’est prévu” ou “loin”, entre les couleurs chaudes, ocres, rouges, et le vert.

Comme elle le dit elle-même, simple et modeste, elle veut exprimer des sentiments complexes : “comme je me sens limitée, pourquoi ne pas aller à la recherche mes possibilités”.

Cette dualité de la personnalité se retrouve dans son travail artistique. En surfaces successives, le combat intérieur transparaît sous différentes intensités. Un équilibre s’établit dans les combats - ordre/désordre, densité/légèreté, rythme/pause - perceptibles ou cachés. Les différentes couches ne sont pas simplement superposées mais reliées par un flux sous-jacent malgré les creux, les empreintes, les chiffres, les entrecroisements de parties de sentiments. Par ces stratifications, j’expérimente un rythme primitif, plus lent, en harmonie avec les éléments naturels se dirigeant de la savane vers une nouvelle jungle sereine.

Sur le plan artistique, elle vit isolée comme un arbre tropical transplanté dans lequel la sève prend encore le temps de trouver son chemin. L’ été doit encore arriver mais patience, “elle travaille petit à petit à son rythme”. Elle fait surgir en nous une combinaison sublime de sentiments et pensées bousculées que nous aurions pu trouver futile si nous étions passés à côté…

Vincent Vanden Elsacker - Mai 2008